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Pour ouvrir un salon de coiffure en France, une condition précède toutes les autres : dans le salon, une personne titulaire du brevet professionnel (BP) ou du brevet de maîtrise (BM) de coiffure, ou d’une qualification reconnue par la chambre de métiers, doit contrôler le travail de façon effective et permanente. Cette personne peut être vous, une associée ou un salarié. Viennent ensuite l’immatriculation, le local, les prix affichés et les premiers rendez-vous.
Beaucoup de guides encore en ligne citent la loi du 23 mai 1946 sur la profession de coiffeur. Elle est entièrement abrogée depuis le 1er juin 2017, et la règle qui l’avait relayée, l’article 16 de la loi du 5 juillet 1996, l’est à son tour depuis le 1er juillet 2023. Les exigences de qualification figurent désormais dans le Code de l’artisanat. Si un conseil ou un contrat s’appuie encore sur ces textes, faites-le relire.
Cet article suit l’ordre des décisions : la qualification, qui conditionne le reste, puis les formalités et les assurances, le local et l’hygiène, le calcul des prix et les premiers rendez-vous.
1. La qualification : BP ou BM dans le salon, CAP pour le domicile
L’article L121-1 du Code de l’artisanat range la coiffure parmi les activités qui ne peuvent être exercées « que par une personne qualifiée professionnellement ou sous le contrôle effectif et permanent de celle-ci ». Pour le salon, l’article R121-2 précise le niveau : un brevet professionnel, un brevet de maîtrise, ou un diplôme ou titre de niveau égal ou supérieur enregistré au répertoire national des certifications professionnelles (RNCP). Pour la coiffure à domicile, l’article R121-1 se contente d’un CAP, d’un BEP ou d’un titre équivalent.
La DGCCRF résume la conséquence pratique dans sa foire aux questions sur la coiffure : dans chaque salon doit être présente une personne titulaire d’un BP ou d’un BM, et le patron peut lui-même coiffer sans ce diplôme si un salarié, un conjoint collaborateur ou un associé présent dans le salon le détient. Un CAP permet donc de coiffer en salon sous ce contrôle, mais pas d’assurer le contrôle.
Sans diplôme, une autre voie existe : l’article R121-3 admet trois années d’expérience effective dans le métier, en France, dans l’Union européenne ou dans l’Espace économique européen, comme dirigeant, indépendant ou salarié. La chambre de métiers et de l’artisanat (CMA) de votre lieu d’exercice délivre alors une attestation de qualification professionnelle (article R121-4), sur la base des bulletins de paie et contrats que vous fournissez.
- Le mot « permanent » : si la personne qualifiée n’est pas vous, son planning conditionne vos horaires d’ouverture ; posez la question des congés à la CMA avant qu’elle ne se pose au salon.
- Un deuxième salon : la règle vaut salon par salon, donc un second établissement demande une seconde personne qualifiée.
- La sanction : selon Entreprendre Service Public, exercer sans la qualification requise est puni d’une amende de 7 500 €.
Dans un salon de coiffure, la question n’est pas de savoir qui possède le fonds, mais qui, chaque jour d’ouverture, détient le BP ou le BM.
2. Immatriculation, statut, impôts et assurances
L’immatriculation se fait en ligne, sur le guichet des formalités des entreprises opéré par l’INPI, qui inscrit l’entreprise au Registre national des entreprises. Selon Entreprendre Service Public, la demande se dépose dans le mois qui précède le début d’activité et au plus tard quinze jours après.
Le choix du statut pèse sur l’impôt et la protection sociale. Une entreprise individuelle peut relever de la micro-entreprise tant que son chiffre d’affaires reste sous les plafonds publiés par l’Urssaf : depuis le 1er janvier 2026, 83 600 € pour les prestations de services, et 203 100 € au total en cas d’activité mixte, dont 83 600 € de prestations au plus. Vendre des shampoings ou des soins au comptoir rend l’activité mixte.
La franchise en base de TVA, qui dispense de facturer la TVA, s’arrête bien plus tôt pour les services : Entreprendre Service Public indique pour 2026 un seuil de 37 500 € de chiffre d’affaires l’année précédente et de 41 250 € sur l’année en cours. Au-delà, vos prix, toujours affichés toutes taxes comprises, doivent contenir la TVA : intégrez ce passage au calcul dès le départ plutôt que de relever toute la carte d’un coup.
La fiche officielle du coiffeur en salon est claire : la responsabilité civile professionnelle n’est pas obligatoire. Elle couvre pourtant les sinistres que la même fiche cite en exemple : brûlure par un produit chimique, allergie, vêtement taché par une coloration. Une société locataire de son local doit en revanche l’assurer. Dès le premier salarié s’ajoutent la déclaration préalable à l’embauche, le document unique d’évaluation des risques et la convention collective nationale de la coiffure (IDCC 2596).
3. Le local, l’équipement et l’hygiène
Un salon est un établissement recevant du public : sécurité incendie, registre de sécurité et accessibilité aux personnes handicapées s’imposent, rappelle la fiche officielle. Avant de signer un bail, faites vérifier par la mairie que le local peut accueillir l’activité, ce qu’exigera la mise en accessibilité et ce que suppose la pose d’une enseigne.
L’équipement se décide autour de l’eau : nombre de bacs, production d’eau chaude, évacuation. Viennent ensuite les postes de coiffage, un espace de préparation des couleurs, le rangement des produits et le linge. Dimensionnez les postes d’après les prestations longues : une couleur immobilise un poste pendant la pose, puis un bac pour le rinçage.
Nous n’avons trouvé aucun texte national qui impose un plan d’hygiène écrit aux salons de coiffure, mais le règlement sanitaire de votre département peut fixer des règles précises. Celui de Paris en donne une idée : locaux aérés avec évacuation permanente des buées et des odeurs (article 117), instruments désinfectés pour chaque client, serviettes renouvelées pour chaque client, gants spéciaux fournis aux personnes qui appliquent teintures et permanentes (article 118). Demandez le texte applicable à votre mairie ou à l’agence régionale de santé.
Les produits méritent la même attention. L’Anses a conclu en janvier 2025 à un lien fortement probable entre l’acide glyoxylique, présent dans certains produits de lissage, et des cas d’insuffisance rénale aiguë ; la substance ne fait pour l’instant l’objet d’aucune restriction, et l’agence recommande de ne pas utiliser les produits qui en contiennent. Demandez la liste INCI à vos fournisseurs avant d’inscrire un lissage à la carte. Au quotidien, un modèle de plan d’hygiène donne une base à adapter, et notre article sur les cycles d’hygiène au salon montre comment le tenir un samedi chargé.
Articles connexes
4. Les coûts et le calcul du prix d’une prestation
Les montants varient trop selon la ville et le local pour qu’une moyenne vous serve. Dressez plutôt la liste des postes et chiffrez-la avec des devis :
- Ouverture : dépôt de garantie et éventuel droit au bail, travaux et accessibilité, bacs et plomberie, fauteuils et postes, premier stock de produits, enseigne.
- Charges fixes : loyer, énergie et eau chaude, assurances, abonnements, honoraires comptables, Sacem pour la musique.
- Charges variables : produits consommés à chaque prestation (couleur, oxydant, soins), linge.
- Personnes : votre rémunération et vos cotisations, puis les salaires si vous embauchez.
Le prix d’une prestation se construit ensuite en quatre étapes. Additionnez les charges fixes du mois et la rémunération visée. Divisez par les heures réellement vendues, et non par les heures d’ouverture. Multipliez le coût horaire obtenu par la durée réelle de la prestation, de l’accueil au nettoyage du poste. Ajoutez enfin les produits consommés et, si votre entreprise y est assujettie, la TVA. Refaites ce calcul pour chaque prestation plutôt que d’appliquer une hausse uniforme : c’est ainsi qu’apparaissent celles qui sont vendues à perte.
L’affichage des prix est encadré par l’arrêté du 27 mars 1987 : au moins dix prix dans un salon non mixte et vingt dans un salon mixte, visibles de l’extérieur comme de l’intérieur, une carte consultable à tout moment, des prix toutes taxes comprises et le détail de chaque forfait. Toute prestation d’au moins 25 € TTC donne lieu à une note remise avant le paiement (arrêté du 3 octobre 1983), et les conditions de délivrance de cette note s’affichent à la caisse. Cette obligation a un avantage pour qui s’installe : les prix des salons voisins se lisent depuis le trottoir, et l’étude de marché commence par une promenade.
5. Les premiers clients et l’organisation des rendez-vous
Créez la fiche d’établissement Google dès que l’adresse est certaine : horaires, photos du salon, liste des prestations et lien direct vers la prise de rendez-vous. Gardez partout les mêmes horaires, en vitrine comme en ligne.
Une page de réservation en ligne vous évite de répondre au téléphone les mains dans une couleur. Elle ne fonctionne que si les durées sont justes : une coupe homme, un brushing et un balayage n’occupent pas le poste le même temps, et le temps de pose d’une couleur peut libérer la personne qui coiffe pour un autre rendez-vous. Chaque réservation devrait déclencher une confirmation immédiate, puis un rappel la veille avec un moyen simple d’annuler. Des textes prêts à l’emploi figurent dans le modèle de confirmation et de rappel de rendez-vous, et notre article sur les rendez-vous non honorés en salon de coiffure détaille la chaîne complète.
Tenez dès le premier jour une fiche par cliente et par client : coordonnées, formule et temps de pose de la couleur, réactions constatées, préférences. Un modèle de fiche client suffit pour commencer sur papier. Les dates de visite notées sur ces fiches montrent aussi qui revient à son rythme habituel et qui s’est éloigné sans rien dire ; notre article sur la fidélisation des clients en salon de coiffure en tire des idées à mettre en place vous-même, comme récompenser le prochain rendez-vous convenu encore au salon. La CNIL admet que les données de clients servant à la prospection soient conservées pendant la relation commerciale, puis trois ans après son terme ; au-delà, faites le tri.
Quand le papier ne suit plus, un logiciel pour salon de coiffure réunit la page de réservation, les confirmations et rappels automatiques et le fichier client. Salon Wizard en est un parmi d’autres ; il ne fait ni caisse ni comptabilité, prévoyez-les à part.
Trois chantiers, dans l’ordre. D’abord la qualification : vérifiez qui, dans le salon, détient le BP, le BM ou l’attestation de la CMA, et que cette personne sera présente en permanence. Ensuite le local et l’immatriculation : faites contrôler le local par la mairie avant de signer, puis déclarez l’entreprise sur le guichet unique avec un statut choisi au regard des seuils de chiffre d’affaires et de TVA. Enfin l’ouverture : des prix calculés sur vos heures vendues, l’affichage réglementaire, la fiche Google, la réservation en ligne et une fiche par client dès le premier rendez-vous.
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