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Ouvrir un institut de beauté : qualification, cabines et premiers clients

Ouvrir un institut de beauté : qualification, cabines et premiers clients

10 min de lecture

Pour ouvrir un institut de beauté en France, les soins esthétiques – nettoyage de peau, épilation à la cire, manucure, modelages – doivent être réalisés par une personne titulaire au moins d’un CAP d’esthétique ou d’une qualification équivalente, ou sous son contrôle effectif et permanent. Toutes les prestations d’un institut ne relèvent pas de cette règle, et certaines obéissent à des règles plus strictes : c’est la carte des soins qui détermine vos obligations.

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Un institut se distingue d’un salon de coiffure par la variété de ce qu’il propose. Extensions de cils, modelages, épilation au laser, maquillage permanent, cabine de bronzage : chacune de ces prestations a son propre régime, et plusieurs ont changé récemment. L’épilation à la lumière pulsée et au laser n’est ouverte aux esthéticiennes et esthéticiens que depuis un décret de mai 2024, et la formation obligatoire a été fixée par un arrêté de février 2025.

Cet article part donc de votre future carte. Il indique pour chaque famille de prestations qui peut la réaliser, puis passe aux formalités, aux cabines et à l’hygiène, au calcul des prix, et enfin à l’organisation des premiers rendez-vous, avec les données de santé que tout institut finit par recueillir.

1. La qualification, prestation par prestation

L’article L121-1 du Code de l’artisanat réserve aux personnes qualifiées, ou à celles qui travaillent sous leur contrôle effectif et permanent, « les soins esthétiques à la personne autres que médicaux et paramédicaux et les modelages esthétiques de confort sans finalité médicale ». L’article R121-1 fixe le niveau : un CAP, un BEP ou un diplôme ou titre de niveau égal ou supérieur enregistré au RNCP. À défaut, l’article R121-3 admet trois années d’expérience effective dans le métier, que la chambre de métiers et de l’artisanat atteste.

La foire aux questions de la DGCCRF, datée de février 2026, permet de classer une carte de soins :

  • Réservé aux esthéticiennes et esthéticiens qualifiés : nettoyage de peau, épilation à la cire, application de produits cosmétiques, manucure, modelages esthétiques.
  • Ouvert sans qualification d’esthétique : pose de faux cils, rehaussement de cils, brow lift, teinture des cils et des sourcils, pose de faux ongles, massages de bien-être – la frontière entre massage et modelage restant mince.
  • Soumis aux règles du tatouage : maquillage permanent et semi-permanent, avec déclaration à l’agence régionale de santé (ARS) et formation aux conditions d’hygiène et de salubrité.
  • Réservé aux médecins ou interdit aux esthéticiennes et esthéticiens : épilation par électrolyse, microneedling, détatouage, injections.

L’épilation à la lumière pulsée intense et au laser mérite un paragraphe à part. Depuis le décret n° 2024-470 du 24 mai 2024, une personne qualifiée en esthétique peut la pratiquer, à condition d’avoir suivi la formation fixée par l’arrêté du 19 février 2025 : quatre jours pour le laser, deux jours et demi pour la lumière pulsée, cinq jours pour les deux, une journée de remise à niveau tous les cinq ans, et une journée de formation aux premiers secours. S’y ajoutent des obligations envers la clientèle : affichage des risques et des contre-indications, fiche d’information remise avant la prestation, examen de la peau et du phototype, traçabilité de chaque séance.

Enfin, la cabine de bronzage n’est ni un soin esthétique ni un soin de bien-être : la DGCCRF rappelle son régime propre, avec des professionnels obligatoirement formés et l’interdiction des promotions, tarifs préférentiels et forfaits dégressifs.

Dans un institut, c’est la carte des soins qui dit qui a le droit de travailler en cabine.

2. Formalités, régime fiscal et assurance

L’immatriculation se fait en ligne sur le guichet des formalités des entreprises, qui informe les organismes concernés (Insee, Urssaf, services fiscaux). Si votre qualification repose sur l’expérience plutôt que sur un diplôme, demandez l’attestation de la chambre de métiers avant de déposer le dossier.

Sur le plan fiscal, deux familles de recettes coexistent dans un institut : les soins, qui sont des prestations de services, et la vente de cosmétiques, qui est une vente de marchandises. En micro-entreprise, l’Urssaf fixe depuis le 1er janvier 2026 le plafond des prestations à 83 600 € et celui d’une activité mixte à 203 100 €, prestations comprises dans la limite de 83 600 €. La franchise en base de TVA s’arrête beaucoup plus bas : 37 500 € de prestations sur l’année précédente pour 2026, selon Entreprendre Service Public. Or la franchise empêche de déduire la TVA payée sur les achats professionnels. Pour un institut qui s’équipe d’appareils coûteux, la question se pose donc avant l’achat, avec un expert-comptable.

La responsabilité civile professionnelle n’est obligatoire que pour certaines professions réglementées, dont Entreprendre Service Public cite les avocats ou les infirmiers ; nous n’avons trouvé aucun texte qui l’impose à l’esthétique. Avec de la cire chaude, des produits actifs et, le cas échéant, un laser, elle reste un poste à chiffrer tôt. Une société locataire de son local doit en revanche l’assurer. Dès le premier salarié s’ajoutent la déclaration préalable à l’embauche, le document unique d’évaluation des risques et la convention collective applicable, que l’outil officiel « Trouver sa convention collective » permet d’identifier.

3. Cabines, appareils et hygiène

L’institut est un établissement recevant du public : sécurité incendie, registre de sécurité et accessibilité s’appliquent. Au-delà, l’organisation des cabines découle de la carte. Un soin du corps se conçoit dans une cabine fermée, avec table, point d’eau à proximité et rangement du linge. L’épilation au laser ou à la lumière pulsée demande de la place pour l’appareil, des lunettes de protection et un affichage des risques visible, et la DGCCRF rappelle que les appareils s’entretiennent selon les préconisations du fabricant. Le maquillage permanent pose la contrainte la plus lourde : l’article R1311-4 du Code de la santé publique exige une salle exclusivement réservée à ces techniques et du matériel stérile à usage unique ou stérilisé avant chaque utilisation, et l’article R1311-5 assimile les déchets produits aux déchets d’activités de soins à risques infectieux (DASRI).

Pour les autres soins, nous n’avons trouvé aucun texte national imposant un plan d’hygiène écrit, mais le règlement sanitaire départemental peut fixer des règles. Celui de Paris vise expressément les esthéticiennes : locaux aérés et éclairés, mobilier professionnel réservé à cet usage, déchets de coton recueillis aussitôt dans un récipient à couvercle (article 117), instruments désinfectés et serviettes renouvelées pour chaque client, matériel spécial en cas de lésion de la peau (article 118). Renseignez-vous auprès de votre mairie ou de l’ARS sur le texte de votre département, puis écrivez vos propres règles, zone par zone et geste par geste, à l’aide d’un modèle de plan d’hygiène pour institut. Il couvre les points sensibles du métier, comme la spatule qui ne retourne jamais dans le pot de cire.

4. Coûts et prix : raisonner en heures de cabine

Dans un institut, l’unité de production n’est pas seulement la personne, c’est la cabine occupée. C’est donc à partir d’elle que se chiffrent les coûts :

  • Investissements : aménagement des cabines, tables, éclairage, appareils (achat, location ou crédit-bail), formation obligatoire pour le laser et la lumière pulsée, premier stock de soins et de revente.
  • Charges fixes : loyer, énergie, assurances, contrats de maintenance des appareils, logiciels, comptabilité.
  • Coûts par soin : cire, draps d’examen, cotons, produits actifs, linge, part d’usure des appareils.

La méthode : additionnez les charges fixes du mois et la rémunération visée, divisez par les heures de cabine réellement vendues, et vous obtenez le coût d’une heure de cabine. Pour chaque soin, multipliez ce coût par la durée totale, installation, déshabillage et remise en état de la cabine comprises, puis ajoutez les consommables et la TVA si l’entreprise y est assujettie. Pour un appareil, divisez son coût total, entretien compris, par le nombre de séances que vous pouvez raisonnablement vendre pendant sa durée d’utilisation : cette part s’ajoute à chaque séance, et elle montre vite si l’achat se justifie.

Côté affichage, l’arrêté du 3 décembre 1987 impose d’indiquer sur un document unique la liste des prestations et le prix de chacune, lisible de l’endroit où la clientèle est reçue, et d’afficher de façon lisible de l’extérieur le prix de tout ou partie des prestations, toutes taxes comprises. Une note est due pour toute prestation d’au moins 25 € TTC. Si vous vendez des cures en forfait, décrivez précisément ce qu’il contient, et lisez notre article sur la planification des cures en institut pour que le forfait vendu se retrouve dans l’agenda.

5. Premiers clients, fiche de soins et données de santé

La fiche d’établissement Google peut être le premier contact avec un institut : photos des cabines, liste des soins avec leurs durées, horaires exacts et lien vers la réservation. Sur la page de réservation, séparez les premières visites des séances de suivi : une première épilation au laser ou un premier soin du visage demandent un temps d’échange que la séance suivante n’a plus. Si deux soins partagent un appareil ou une cabine, l’agenda doit le savoir, sinon il vendra deux fois la même ressource.

La fiche client d’un institut contient presque toujours des données de santé : allergies, contre-indications, traitements, grossesse, réactions après un soin. La CNIL rappelle que, lorsqu’un service implique le traitement de données de santé, le consentement des personnes est requis. Recueillez-le par écrit, ne notez que ce qui change une décision de soin, et limitez l’accès aux personnes qui en ont besoin. Le modèle de fiche client propose une version esthétique, avec l’historique des soins, pour commencer sur papier.

Chaque réservation devrait ensuite recevoir une confirmation avec la durée, l’adresse et les consignes de préparation que vous fixez pour ce soin, puis un rappel assez tôt pour qu’une annulation serve encore. Le modèle de confirmation et de rappel de rendez-vous fournit une base. Quand la gestion s’alourdit, un logiciel pour institut de beauté réunit réservation en ligne, rappels automatiques et historique des soins ; Salon Wizard est l’une des options, sans caisse ni comptabilité intégrées, qui restent à organiser à part.

Commencez par la carte des soins : classez chaque prestation entre réservée, libre, soumise aux règles du tatouage ou exclue, et vérifiez que la qualification et les formations nécessaires sont réunies, laser compris. Passez ensuite au local et aux formalités : cabines dimensionnées pour la carte, salle dédiée si vous proposez le maquillage permanent, immatriculation sur le guichet unique et simulation des seuils de TVA avant tout achat d’appareil. Ouvrez enfin avec des prix calculés en heures de cabine, un affichage conforme, une fiche Google soignée et une fiche client qui traite les données de santé avec le consentement de chaque personne.

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