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Calculer le prix d’une prestation de coiffure, de l’heure vendue au gramme de couleur

Calculer le prix d’une prestation de coiffure, de l’heure vendue au gramme de couleur

10 min de lecture

Le prix d’une prestation de coiffure se calcule à partir de trois grandeurs propres à votre salon : ce que coûte une heure réellement vendue, le temps que la prestation immobilise de l’accueil au poste nettoyé, et les produits qui partent dans le bol. La vitrine du salon voisin indique ce que le quartier accepte de payer, pas ce que la prestation vous coûte.

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Beaucoup de cartes se construisent par comparaison, puis par petites hausses successives. Le résultat tient tant que les charges bougent peu ; il devient illisible dès qu’elles bougent, parce que plus personne ne sait quelle prestation rapporte et laquelle coûte. Une coupe homme courte et un balayage sur cheveux longs n’ont pas le même rapport entre temps, produit et prix, et une hausse uniforme de toute la carte creuse souvent l’écart au lieu de le corriger.

Cet article déroule la méthode dans l’ordre du calcul : le coût d’une heure vendue, la couleur pesée au gramme, les suppléments de longueur et la question des prix « hommes » et « dames », l’arrondi et l’affichage, puis le moment d’augmenter et la manière de l’annoncer. Les montants restent les vôtres : un prix moyen ne dit rien de votre loyer ni de votre planning, et vous n’en trouverez donc aucun ici.

1. Le coût d’une heure vendue, pas d’une heure d’ouverture

Tout part d’un chiffre : ce que doit rapporter une heure pendant laquelle quelqu’un coiffe réellement une cliente ou un client. On l’obtient en réunissant, sur un mois, les charges du salon – loyer, énergie et eau chaude, assurances, abonnements, comptabilité, entretien des sèche-cheveux et des fauteuils – et la rémunération que vous voulez vous verser, cotisations comprises, puis les salaires chargés si vous employez. Ce total se divise ensuite par les heures vendues du mois.

Le piège se cache dans le diviseur. Une heure payée n’est pas une heure vendue : l’ouverture et la fermeture, le linge, les commandes, le ménage, les rendez-vous annulés trop tard et les creux du mardi matin sont payés sans être facturés. Pour un salarié s’ajoutent les congés payés : le Code du travail en ouvre « deux jours et demi ouvrables par mois de travail effectif » (article L3141-3), soit cinq semaines sur une année complète pendant lesquelles le salaire court sans aucune prestation vendue. Les jours fériés et la formation retirent encore des heures.

Exemple de calcul, avec des chiffres ronds choisis pour la démonstration : sur 35 heures payées par semaine, 7 partent dans l’accueil, le rangement et les trous du planning. Il reste 28 heures vendues, soit 80 %. Chaque heure vendue doit alors porter le coût d’une heure et quart payée, et un prix calculé sur les heures d’ouverture sera trop bas d’autant.

Mesurez ce taux sur quelques semaines ordinaires plutôt que de le deviner : l’agenda des rendez-vous honorés, rapproché des heures de présence, donne la réponse.

Une coloration se paie deux fois : au gramme dans le bol, et à la minute sur le fauteuil. Oublier l’une des deux, c’est la vendre à moitié.

2. La couleur au gramme : tube, oxydant et temps de pose

Dans un salon de coiffure, la part des produits pèse surtout sur les services techniques : coloration, balayage, mèches, patine, permanente, lissage. Elle se calcule au gramme : une balance posée au labo, là où se prépare la couleur, montre ce qui part réellement dans le bol.

Pour chaque technique, relevez :

  • La coloration : les grammes de tube ou de pot utilisés, multipliés par le prix d’achat du gramme, c’est-à-dire le prix du conditionnement divisé par son contenu.
  • L’oxydant : la quantité qu’impose le ratio de mélange indiqué par le fabricant, au prix du gramme ou du millilitre du bidon.
  • Le reste du bol : décolorant, soin protecteur des longueurs, patine, shampooing technique, masque, papier ou film pour les mèches.
  • La perte : ce qui reste dans le bol en fin de pose ; si elle revient à chaque couleur, elle appartient au coût et non à l’accident.

Le temps compte au moins autant, mais il se découpe autrement. Pendant la pose, la personne qui coiffe peut s’occuper d’un autre rendez-vous ; le fauteuil, lui, reste occupé. Comptez donc le temps de travail actif – diagnostic, application, rinçage, séchage – au coût de l’heure vendue, et traitez la pose à part : gratuite si le planning la remplit vraiment par une autre prestation, facturée à une fraction du coût horaire si le poste ou le bac bloquent l’agenda. Répondez honnêtement en regardant vos samedis, pas votre planning idéal.

Notez enfin les grammes et les temps réels dans la fiche de chaque cliente et client : la couleur suivante se chiffre alors d’après ce qui a été fait, pas d’après une moyenne. Le même raisonnement, appliqué au matériel et au décor ongle par ongle, est détaillé dans notre article sur le prix d’onglerie, du matériel et du nail art.

3. Cheveux longs, suppléments et prix « hommes » ou « dames »

La longueur modifie les deux composantes à la fois : plus de grammes dans le bol, plus de minutes au bac et au brushing. Un supplément « cheveux longs » se justifie donc, à condition d’être mesuré plutôt que fixé au jugé. Pesez et chronométrez la même technique sur une chevelure courte, mi-longue et longue ; l’écart de produit et de temps, passé à la formule, donne le supplément. Définissez ensuite chaque longueur par un repère que tout le monde peut vérifier – au-dessus des épaules, jusqu’aux omoplates, au-delà – et écrivez-le à côté du prix, pour que la discussion ait lieu avant la réservation et non au bac.

Reste la question des prix selon le genre. L’arrêté du 27 mars 1987 relatif à la publicité des tarifs de coiffure raisonne encore ainsi : un salon mixte affiche en vitrine au moins vingt prix TTC, « dont dix pour hommes et dix pour dames ». Le débat revient régulièrement ; dans une réponse publiée au Journal officiel le 24 septembre 2019, le gouvernement expliquait l’écart constaté en salon de coiffure par le coût plus élevé, pour le professionnel, de la prestation délivrée aux femmes.

Le texte fixe ce qui doit être affiché, pas les montants : les prix des services sont « librement déterminés par le jeu de la concurrence » (article L410-2 du Code de commerce). Si vous tarifez à la longueur et au temps plutôt qu’au genre, veillez simplement à ce que votre vitrine respecte l’affichage exigé, et, en cas de doute sur la présentation, interrogez la direction départementale de la protection des populations (DDPP). Un prix construit sur la longueur a un avantage : il se justifie en une phrase, devant n’importe qui.

4. La formule, l’arrondi et l’affichage

Mises bout à bout, les étapes tiennent en une ligne :

Prix TTC = (coût de l’heure vendue × durée active en heures + part facturée du temps de pose + produits consommés) × (1 + taux de TVA)

Le dernier facteur ne joue que si votre entreprise facture la TVA ; la coiffure relève alors du taux normal, fixé à 20 %. En franchise en base, Entreprendre Service Public indique pour 2026 un seuil de 37 500 € de chiffre d’affaires de prestations l’année précédente et de 41 250 € sur l’année en cours ; au-delà de ce second seuil, l’entreprise est soumise à la TVA « dès le 1er jour de dépassement ». Préparez ce moment : à prix affiché inchangé, un salon qui passe à 20 % de TVA garde un sixième de moins sur chaque encaissement, même si la TVA payée sur ses achats devient alors déductible.

Le résultat de la formule est un plancher. Arrondissez vers le haut, à l’euro ou aux cinq euros selon le niveau de la prestation, et gardez des écarts cohérents entre prestations voisines : si un brushing sur cheveux longs coûte plus cher qu’une coupe-brushing sur cheveux courts, la carte doit le faire comprendre sans explication. Un prix « à partir de » n’est honnête que si la ligne dit ce qui le fait monter.

L’affichage suit l’arrêté de 1987 : en vitrine, lisibles de l’extérieur, au moins dix prix TTC des prestations les plus courantes, vingt pour un salon mixte ; le détail des prestations qui composent chaque forfait ; à la caisse, une carte avec la liste complète des prix. Une note est remise pour toute prestation d’au moins 25 € TTC, avant le paiement (arrêté n° 83-50/A du 3 octobre 1983). En ligne, reprenez exactement les prix de la vitrine : sur une page de réservation comme celle de Salon Wizard, un outil parmi d’autres, chaque prestation porte sa durée et un prix fixe, « à partir de » ou sur demande.

Pour refaire ce calcul avec vos propres chiffres, prestation par prestation, utilisez notre calculateur de prix des prestations.

5. Quand augmenter, et comment l’annoncer

Un prix se revoit à date fixe, au moins une fois par an, et chaque fois qu’un de ses composants bouge nettement. Les signaux sont concrets :

  • Les produits : un nouveau tarif fournisseur change d’un coup le coût de toutes les couleurs.
  • Les salaires : une revalorisation du salaire minimum ou de la grille conventionnelle renchérit chaque heure vendue.
  • Le planning : un agenda complet plusieurs semaines à l’avance signale que la demande dépasse votre capacité au prix actuel.
  • La TVA : le franchissement prévisible du seuil de franchise.

Recalculez alors chaque prestation avec la formule, au lieu d’appliquer le même pourcentage partout. Certaines lignes étaient déjà justes ; d’autres étaient vendues à perte depuis longtemps, et ce sont souvent les techniques longues sur cheveux longs.

L’annonce tient en trois gestes. Fixez une date d’application et affichez-la quelques semaines avant, en vitrine, à la caisse et sur votre page de réservation. Honorez l’ancien prix pour les rendez-vous déjà pris et les forfaits déjà payés. Et donnez à l’équipe une phrase commune, qui dit la raison sans se justifier : le coût des produits de coloration a augmenté, la carte suit à partir du 1er du mois. Une hausse expliquée et datée se discute beaucoup moins qu’une surprise à la caisse.

Le prix d’une prestation de coiffure se construit dans cet ordre : le coût d’une heure réellement vendue, le temps actif et le temps de pose de chaque technique, les grammes pesés dans le bol, un supplément de longueur mesuré, puis la TVA si vous la facturez. Arrondissez vers le haut, affichez ce que l’arrêté de 1987 exige, et revoyez la carte à date fixe plutôt que sous la pression d’une facture.

Commencez par une seule prestation, la plus vendue du salon : chronométrez-la une semaine, pesez ses produits et comparez le résultat à votre prix actuel. L’écart dira s’il faut reprendre toute la carte ou quelques lignes seulement. Si le salon est encore en projet, notre guide pour ouvrir un salon de coiffure replace ce calcul parmi les autres étapes.

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