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En institut, un soin mobilise trois ressources à la fois : une personne qualifiée, une cabine qui ne sert à rien d’autre pendant ce temps, et des produits dosés pour une seule personne. Quand un appareil s’y ajoute, une quatrième entre dans le calcul : l’usure d’une machine qu’il faut avoir remboursée avant de la remplacer.
Les cartes de soins sont souvent longues, et leurs prix se sont formés par couches successives : un soin visage repris d’une ancienne carte, une épilation alignée sur le quartier, une séance à l’appareil fixée pour que la mensualité semble couverte. Rien de tout cela n’est faux en soi, mais plus personne ne sait quelle ligne finance quelle autre.
La méthode qui suit reconstruit chaque prix à partir de ses composants : le coût d’une heure de cabine vendue, le produit par soin, la part d’appareil par séance, puis les cures, l’affichage imposé et le moment de relever la carte. Les exemples de calcul sont exprimés en proportions et en variables : les montants dépendent de votre local, de vos fournisseurs et de vos appareils.
1. L’heure de cabine vendue
L’unité de calcul d’un institut est l’heure de cabine réellement vendue. Rassemblez sur un mois les charges fixes – loyer, énergie, linge, assurances, logiciels, comptabilité, contrats de maintenance – ainsi que la rémunération que vous visez et, le cas échéant, les salaires chargés. Divisez par le nombre d’heures de cabine facturées dans le mois : vous obtenez ce que doit rapporter chaque heure de soin, avant produits et appareils.
Ce diviseur est plus petit qu’il n’y paraît, pour deux raisons propres à l’esthétique. La première est la remise en état : entre deux soins, la table se refait, les draps d’examen se changent, les instruments se nettoient, la cabine s’aère. La seconde est l’enchaînement : une personne ne peut pas occuper deux cabines, et une cabine vide ne rapporte rien. Avec plus de cabines que de praticiennes et praticiens, c’est le temps des personnes qui limite les ventes ; dans le cas inverse, ce sont les cabines.
Si vous employez, comptez aussi les absences payées : chaque mois de travail effectif ouvre deux jours et demi ouvrables de congés (article L3141-3 du Code du travail), soit cinq semaines sur une année entière sans aucune heure de cabine vendue. Exemple de calcul, en proportions : une personne payée 35 heures par semaine qui en vend 25 fait porter à chaque heure vendue le coût de 1,4 heure payée. Qu’une réorganisation du planning fasse passer ce chiffre à 28 heures, et le coût de chaque heure vendue baisse d’un peu plus d’un dixième, sans toucher à un seul prix.
Un appareil n’est pas payé quand tombe la dernière mensualité, mais quand les séances vendues ont couvert son prix, son entretien et la formation qu’il a exigée.
2. Le produit dosé par soin et les consommables
Le coût matière d’un soin se calcule par dose, pas par pot. Pour chaque protocole, notez la quantité réellement appliquée de chaque produit – nettoyant, exfoliant, sérum ou ampoule, masque, crème de fin de soin – et multipliez-la par le prix d’achat du gramme ou du millilitre. Les produits en dose unique, ampoules ou masques à préparer, se comptent à l’unité.
Les consommables à usage unique viennent ensuite, et ils varient fortement d’un soin à l’autre :
- Épilation : cire au poids, bandes, spatules jetées après chaque trempage, lotions avant et après, draps d’examen. La consommation de cire se mesure zone par zone plutôt qu’en moyenne sur la journée.
- Soin du visage : cotons, compresses, bandeau, gants, produits du protocole.
- Mains et pieds : limes et polissoirs jetables, bains, produits de soin ; le calcul détaillé des poses et du décor fait l’objet de notre article sur le prix d’onglerie et du nail art.
- Linge : serviettes et peignoirs, à compter par passage si une blanchisserie les lave pour vous.
Pesez une semaine de soins, calculez la moyenne par protocole et revoyez-la dès qu’un fournisseur change ses prix ou ses conditionnements. Les soins où le produit pèse lourd, comme certains protocoles visage de marque, supportent mal une hausse uniforme de la carte : ce sont eux qui dérivent en premier.
3. L’appareil : une part d’amortissement par séance
Un appareil, qu’il serve à l’épilation, au visage ou au corps, change la structure du prix. Il ajoute au coût de l’heure une part qui rembourse la machine, et c’est elle qu’on oublie le plus souvent, parce que la mensualité du crédit ou de la location semble déjà « payée par l’activité ».
Le calcul de gestion, distinct de l’amortissement comptable que fixera votre expert-comptable, s’écrit ainsi :
Part d’appareil par séance = (prix d’achat ou total des loyers + formation + maintenance et pièces d’usure sur la durée d’utilisation − valeur de revente) ÷ nombre de séances vendues sur cette durée
Le dénominateur est le point sensible. Comptez les séances que vous vendrez réellement, pas la capacité de l’appareil : une machine capable de quarante séances par semaine qui n’en vend que douze doit faire porter son coût sur douze. Intégrez aussi les pièces d’usure et consommables propres à la machine – embouts, têtes, gels de contact, filtres – que certains appareils consomment à chaque séance ou selon un compteur. Si la durée d’utilisation est incertaine, retenez la plus courte : la technique évolue, et la demande pour un soin peut s’éteindre avant que la machine soit usée.
Faites ce calcul avant l’achat, avec deux hypothèses de ventes, une prudente et une optimiste. Si, dans l’hypothèse prudente, le prix par séance qui en ressort dépasse ce que votre clientèle accepte de payer, la location ou le renoncement valent mieux que l’achat. N’oubliez pas la TVA : tant qu’une entreprise bénéficie de la franchise en base, Entreprendre Service Public rappelle qu’« elle ne peut pas déduire la TVA de ses achats ». Le choix entre achat, crédit-bail et location se discute donc avec votre expert-comptable, avant de signer.
Articles connexes
4. La formule, les cures et l’affichage des tarifs
Assemblé, le prix d’un soin se lit ainsi :
Prix TTC = (coût de l’heure de cabine × durée totale du soin en heures + produits et consommables + part d’appareil) × (1 + taux de TVA si vous la facturez)
La durée totale comprend l’accueil, le déshabillage, la préparation de la peau, le soin, la pose éventuelle, le rhabillage et la remise en état de la cabine. Si l’institut facture la TVA, le taux normal est de 20 % ; en franchise, le seuil des prestations de services fixé pour 2026 est de 37 500 € sur l’année précédente et de 41 250 € sur l’année en cours. Arrondissez vers le haut et gardez une échelle lisible entre soins voisins, par exemple entre zones d’épilation.
Une cure se calcule comme la somme de ses séances, moins le temps réellement économisé : un seul diagnostic, des séances planifiées d’avance, moins de temps perdu à chercher un créneau. Au-delà de cette économie, toute remise est un choix commercial ; faites-le en connaissance de cause. Une exception : pour les séances de bronzage aux UV, l’article 21 de la loi du 26 janvier 2016 interdit tarifs préférentiels et offres promotionnelles, et la FAQ de la DGCCRF précise que les forfaits qui abaissent le prix de la séance et les prix dégressifs en font partie. Décrivez ce que comprend la cure, et honorez le prix payé d’avance même si la carte change avant la dernière séance. Notre article sur le suivi des cures en institut montre comment la tenir dans l’agenda.
L’arrêté du 27 mars 1987 relatif à la publicité des tarifs des prestations d’esthétique corporelle impose aux instituts un tarif d’au moins dix prix TTC des prestations les plus couramment pratiquées, affiché « de manière visible et lisible de l’extérieur de l’établissement », et, au lieu de paiement, la liste complète des prix. Les forfaits regroupant au moins deux prestations doivent faire apparaître le détail des prestations qui les composent. Pour toute prestation d’au moins 25 € TTC, une note est remise avant le paiement. Sur une page de réservation en ligne, dont Salon Wizard est un exemple parmi d’autres, chaque soin porte une durée et un prix, fixe, « à partir de » ou sur demande : saisissez la durée totale mesurée, remise en état comprise, sinon l’agenda proposera des créneaux que la cabine ne peut pas tenir.
Pour chiffrer chaque soin avec vos propres charges et vos durées réelles, servez-vous de notre calculateur de prix des prestations.
5. Relever la carte : quand et comment
Une carte de soins se relit au moins une fois par an, et plus tôt quand un de ses composants bouge :
- Les fournisseurs : une hausse des produits de protocole, ou un changement de conditionnement qui modifie le prix de la dose.
- Les appareils : un contrat de maintenance renouvelé plus cher, ou des séances vendues très en dessous de l’hypothèse de départ, ce qui gonfle la part par séance.
- Les personnes : une embauche, une revalorisation des salaires, une formation nouvelle.
- La demande : certains soins complets plusieurs semaines à l’avance, pendant que d’autres restent vides.
Repassez alors chaque soin dans la formule. Le résultat est rarement uniforme : un soin à l’appareil peu vendu peut appeler une hausse, ou une remise en question de l’appareil lui-même, tandis qu’une épilation très demandée supporte un ajustement modeste. Relever toute la carte du même pourcentage protège mal les soins qui dérivent et pénalise ceux qui étaient justes.
Annoncez la nouvelle carte avec une date d’effet, affichée en cabine, à l’accueil et sur votre page de réservation quelques semaines à l’avance. Les rendez-vous déjà pris et les cures déjà vendues gardent leur prix : les nouveaux tarifs s’appliquent aux cures achetées après la date. Préparez enfin une explication courte et identique pour toute l’équipe, centrée sur ce qui a changé, pas sur des excuses.
Le prix d’un soin en institut se construit à partir de l’heure de cabine réellement vendue, multipliée par la durée totale du soin, à laquelle s’ajoutent le produit dosé, les consommables, la part d’appareil calculée sur les séances effectivement vendues, puis la TVA si vous la facturez. Les cures ne méritent une remise qu’à hauteur du temps qu’elles font gagner, et l’affichage suit l’arrêté de 1987 propre à l’esthétique.
Faites d’abord le calcul pour votre soin à l’appareil le plus cher et pour votre épilation la plus vendue : ce sont les deux extrémités de la carte, et elles disent vite où se trouve l’écart. Si l’institut n’est pas encore ouvert, notre guide pour ouvrir un institut de beauté replace ce calcul parmi les autres étapes.
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